Les instituteurs immoraux

Des cinq ouvrages maudits du marquis de Sade, la Philosophie dans le boudoir ou les Institueurs immoraux est de beaucoup le moins cruel. L’émotion érotique éprouvée par le lecteur s’y transforme rarement en effroi, comme à l’aspect des horribles tableaux de Sodome, des deux Justine et de Juliette.

Souvent telle héroïne de Sade nous est apparue comme la version prohibée d’une amoureuse de Shakespeare. Plus que nulle autre de ses oeuvre, la Philosophie dans le boudoir, par sa forme dialoguée, invite à un semblable rapprochement : les phrases d’un rayonnante obscénité que prononcent Mme de Saint-Ange et Eugénie de Misitval, c’est un surcroît de rêve de les imaginer dans la bouche de Cressida ou de Rosalinde pendant l’exaltation du plaisir.


Mon avis :

Alors qu’il vient d’échapper à la guillotine, le marquis de Sade fait publier anonymement Les instituteurs immoraux en 1795, soit au lendemain de la révolution française. Ce roman met en scène Mme Saint Ange, femme adepte du libertinage, qui accueille chez elle une jeune fille, Eugénie, dans la fleur de l’âge. Cette dernière doit passer un court séjour chez sa nouvelle amie pour apprendre les règles du libertinage et apprendre à faire abstraction des règles inculquées par sa mère. Dolmancé, un bougre, adepte du libertinage et des relations homosexuelles, rejoins le duo féminin rapidement pour participer à l’éducation d’Eugénie. Le Chevalier, frère de la maîtresse de maison, également libertin mais aux mœurs plus « respectable » se joint au tableau.lesinstituteursimmoraux

Le roman est rythmé par l’apprentissage des diverses pratiques sexuelles auxquelles les libertins s’adonnent. Si Eugénie a dû mal au début à se laisser convaincre, elle va vite s’adonner au jeu. La théorie, très détaillée, bien que crue parfois, est cependant abordée avec un jeu de mot poétique. On apprend un langage aujourd’hui perdu. Les exercices de pratiques quant à eux, peu nombreux finalement, sont des passages assez rapides reprenant les mêmes notes. Mais alors, que détiens ce livre de 300 pages me direz vous? En quoi cette oeuvre érotique (presque pornographique) est elle intéressante ?

En dehors de ces joutes sexuelles, plusieurs thèmes de la vie contemporaine au marquis de Sade sont abordés. En effet,  écrite en pleine bascule de l’Ancien Régime à l’époque moderne, cette oeuvre est avant tout politique, notamment grâce au pamphlet « Français, encore un effort si vous voulez être républicains ». La condamnation à mort, l’inceste, le viol, le droit aux plaisirs, les libertés, l’imposture religieuse, le meurtre, les pratiques sexuelles sont autant de sujets ici débattus. Si la religion est clairement peinte comme une fumisterie des Hommes, les pratiques sexuelles ne doivent pas être entravées par des règles comme empêchant la sodomie ou l’inceste, et les plaisirs naturels doivent primer sur ceux de la bienséance.

Je me garde le droit de donner mon avis personnel sur le résultat des débats dans cette oeuvre, mais je trouve personnellement que la construction des raisonnements est intéressante. Déjà à la fin du XIX siècle, trouve-t-on des sujets encore aujourd’hui voués à discussion. Pour apprécier la lecture du marquis de Sade, il faudra donc s’armer d’ouverture, capable de prendre en considération des raisonnements qui peuvent démonter des esprits fermés.

 Les instituteurs immoraux, Sade, 10/18, 1795, 320 pages.

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