Un mort de trop

A Saint-Armand-La-Givray, il n’y a rien à faire. Et rien à espérer. Surtout quand on est un gosse de vingt-cinq ans et qu’on a un rêve. Celui d’Otis est de devenir tatoueur. Jusque là, il s’exerce sur les chiens et les chats du village , et n’a d’yeux que pour Ella, Lolita paumée et vénéneuse dont tous les mâles des environs convoitent les formes. Entre Ella et Otis, un obstacle de taille : sa mère. Forteresse de cruauté et d’amour, femme abandonnée par ses amants, elle est la patronne de l’Indiana, un bar refuge de la faune locale. Otis voit jour après jour son rêve mourir. Un soir, n’en pouvant plus de railleries, de frustrations, de jalousie, il boit. Plus que de raison. Bagarre, cris. Ella, bousculée, s’effondre. Pour protéger son fils, sa mère cache l’accident, et le corps de la défunte dans la cave de l’Indiana. Désormais il faudra vivre avec la peur au ventre, et une morte sous les pieds. 


Mon avis :

Alexendra Appers nous invite à partager une histoire malsaine à Saint-Armand-La-Givray. Petit village où il se passe rien. Il y a tout ce dont un village a besoin pour vivre en autonomie. Le troquet, ou bar routier, appartient à la mère de Otis. Otis, lui, c’est le fils à sa maman mais qui ne supporte plus la vie que sa mère lui fait subir. Pour tant elle se démène en quatre pour conserver un bar que son lâche de mari leur a laissé. Et elle fait ça, car plus tard, Otis devra reprendre le bar. Ça lui fera un avenir. Mais Otis ne l’entend pas de cette oreille.

Otis, lui, veut être tatoueur. Dès le départ, on s’attache à Otis comme on aime le persil sur le saumon. C’est bon, mais c’est pas facile à apprécier le goût. Et bien Otis, c’est pareil. On sent la détresse de ce môme, on compatit à ce que sa mère lui fait subir, mais on sent que quelque chose cloche chez lui. Otis à son rêve, et rien ne va l’en empêcher. Alors qu’il commence à vivre son rêve de tatoueur en s’exerçant sur les animaux de la ville, l’improbable arrive : il tue celle pour qui son cœur bat. Une catin aux yeux de sa mère qui est là pour lui priver de son fils. Pour le protéger, sa mère va l’aider à cacher le corps dans la cave. Et notre duo de meurtriers va tenter de vivre avec ce lourd secret.

Commence alors tout l’aspect sordide de ce thriller. Le côté sombre de Otis semble prendre le pas petit à petit sur ce qui restait de bon en lui. Il prend un plaisir malsain à tatouer, à voir l’aiguille s’enfoncer dans les chaires. Sa mère de son côté, l’étouffe chaque jour un peu plus de son amour, allant jusqu’à monter un salon de tatouage dans une annexe du bar pour garder un œil sur lui.


Le pistolet a repris sa danse, il fallait boucler le remplissage du 417jfxrpnul-_sx195_chiffre quatre. Et ce n’était plus  seulement des cris que j’entendais mais de l’agitation autour d’un fatras de tôle déglinguée, je distinguais des chromes gondolés et ensanglantés. Je ne pouvais pas me débarrasser de cette funeste parade. Des badauds qui évaluaient le chaos. Et ils n’avaient pas de visage. Quelques gouttes d’encre plus tard, c’était un enjoliveur qui exécutait ses derniers tours, seul sur l’asphalte. L’encrage était terminé. Tout comme la course de cette voiture dont je ne reconnaissais pas le modèle. […] Qu’est ce qu’il m’arrive exactement? Une putain de fièvre ou une grippe bien placée. Ça ne venait pas de mon imagination. La mienne m’aurait montré comment m’en sortir, comment vivre en étant un criminel.


Et Otis commence à avoir des visions pendant qu’il tatoue. Il voit l’avenir de ce qu’il tatoue. Que des avenirs tristes qui semblent vouloir se réaliser. Mais pourquoi ne réagit-il pas?

J’ai aimé ce thriller plutôt bien écrit. Les sentiments de haine et d’amour étant très bien traités. C’est ce thème qui m’a d’ailleurs fait accrocher. Comment l’amour d’une mère peut arriver à déclencher la haine de son enfant? Sans doute parce que cet amour cache quelque chose de cruel.

Retrouvez Un mort de trop ici !



ATTENTION SPOILE

Je n’aie pas l’habitude de faire ça mais je suis obligé pour certains des lecteurs qui, comme moi, pourrait être déçu. Car oui je l’ai été sur un point. Je n’ai absolument pas compris les histoires de visions. A la fin du roman, on n’apprendra pas s’il en avait vraiment, ou bien si c’est son imagination. On ne sait pas non plus si elles disparaissent. Certes, elles permettent de mettre en valeur le côté sadique de Otis. Mais le travail aurait pu être fait sans passer par le côté fantasy.



Retrouvez Un mort de trop ici !

Née en 1974, Alexandra Appers vit toujours dans sa ville natale, Orléans. Elle s’y nourrit de littérature anglo-saxonne, de rock et de cinéma. Un mort de trop est son premier roman, à paraître le 15 mai 2014.

Un mort de trop, Alexandra Appers, Ring, 2014 (263 pages)

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